lundi 24 septembre 2018

Un suicide, dans les règles (2) : où l'on apprend, entre autres, la différence entre Brest et Morlaix


(publié le 30 octobre 2008 sur mon blog Traverses hébergé alors par Libération, toujours disponible sur ce site)
Je ne me serais jamais intéressé au suicide de madame Lorne si quelques bizarreries ne m’avaient mis la puce à l’oreille.
Je ne connaissais pas cette personne et j’appris sa mort par un envoi de l’Institut Jean-Nicod, un centre de recherche de philosophie analytique et logique dont je reçois régulièrement les informations.
Par curiosité, je cherchai de qui il s’agissait et une rapide recherche (Google!) me renvoya aux blogs de gens qui la connaissaient.
Sur ces blogs, on lui rendait hommage, parfois avec un peu de maladresse ou d’embarras. On sentait que quelque chose n’était pas dit. Certaines pages référencées avaient même purement et simplement disparu.
On m’a dit depuis que quelques réactions épidermiques étaient violentes et excessives. Je veux bien.
Je sais surtout que pour de jeunes chercheurs qui sont ou seront candidats à des postes, aborder cette affaire pouvait être périlleux compte tenu d’un milieu académique qui, chez les philosophes, est plutôt malsain et même souvent pestilentiel (les philosophes ne sont pas seuls, qu’ils se rassurent!).
Les rumeurs, les calomnies, les appartenances de réseaux, les on-dit tout court, les grosses lâchetés et les petites saloperies comptent souvent bien plus que les évaluations impartiales.
Je renvoie sur ce point au terrible et drolatique livre du regretté Federico Tagliatesta, un jeune philosophe italien mort en 2003 (pas suicidé!) Instructions aux académiques (Christophe Chomant éditeur), paru en 2006, qui décrit les mécanismes d’intimidation, trucage, manipulation, calomnie, désinformation, des recrutements chez les philosophes —ainsi que pas mal d’autres turpitudes réjouissantes.
Seconde bizarrerie, le black-out de la presse sur cette affaire.
Par les temps qui courent, les suicides en entreprises, au centre de recherche Renault par exemple, les harcèlements sur le lieu de travail retiennent toute l’attention des journalistes. Il n’en va pas de même pour l’université, devenue plus muette que la grande muette militaire, une université où tout se passe toujours réglementairement, comme il se doit. Les patrons, c’est bien connu, sont tous des salauds, pas les petits chefs universitaires —et des petits chefs il y en a tellement qu’on se croirait dans l’armée uruguayenne!
Quelques collègues de la disparue ont bien essayé de faire passer des informations. Timidement —par peur des représailles, des poursuites (puisque tout s’est passé dans les règles, on vous le redit pour la dernière fois!).
Ou bien ils n’y sont simplement pas parvenus.
Après mon intervention à L’Esprit public, il parut un petit article dans Ouest-France, qui relatait prudemment l’affaire et donnait la parole au Président de l’université de Brest. Celui-ci m’y accusait avec une belle assurance d’avoir proféré «un tissu de mensonges inacceptables». A voir !
Ce Président, jeune et dynamique gestionnaire (voir Google toujours!), avait raison sur un point capital: j’avais dit à L’Esprit public que, lui, Président de l’Université de Bretagne occidentale (UBO), ferait mieux de faire preuve de sollicitude pour des cas comme celui de madame Lorne plutôt que de sponsoriser un bateau d’étudiants dans la rade de Brest. Je m’étais lourdement trompé en lisant trop vite Le Télégramme de Brest du 28 avril 2008 qui écrivait «L’UBO se jette à l’eau ! Sponsor principal d’un équipage majoritairement composé d’étudiants, l’université de Pascal Olivard sera bien représentée sur la ligne de départ du Tresco, mercredi». Dont acte! Ce n’était pas à Brest mais à Morlaix que naviguait le dit bateau. Surtout, énorme nuance, l’université de Brest, pardon de Pascal Olivard son Président, ne sponsorisait pas un bateau mais... un équipage majoritairement composé d’étudiants faisant du bateau.
Je laisse à la sagacité de mes lecteurs de trancher si financer des explorateurs ne revient pas à financer leur exploration, si sponsoriser des coureurs ne revient pas à sponsoriser leur course et si sponsoriser un équipage est différent de sponsoriser un bateau...
De toute manière, je ne vois pas en quoi rectifier ces faits (ce que je fait bien volontiers) change quoi que ce soit à ce qui nous importe ici: le suicide de madame Lorne.
Car, pour mes autres prétendus «mensonges», j’attends toujours des réponses. Le jeune et dynamique Président en question n’a en effet toujours pas répondu à mes demandes d’information terre à terre: quelle fut au juste la date de signification de la décision de non titularisation à madame Lorne ? Quels en étaient les termes? Quand l’intéressée en eut-elle connaissance? Comment avait été convoquée la commission?
On me répondra en évoquant la confidentialité des délibérations ou de je ne sais quoi.
Il est vrai que le Président en question aime la discrétion, sauf quand il s’agit de sa politique d’image universitaire. Ne disait-il pas dans ce même article de Ouest-France que «par respect pour les proches, on aurait pu avoir une discussion entre nous, sans utiliser la voie de presse».
Effectivement, restons entre nous. On est si bien ensemble!
Je veux bien que tout se soit passé réglementairement.
Surtout quand, oh miracle!, les morts ne peuvent pas agir en justice.
Le problème est qu’il y a manière et manière d’être réglementaire, surtout dans la fonction publique.
Sinon pourquoi le médiateur de la République, l’honnête et humain Jean-Paul Delevoye, serait-il submergé de milliers et dizaine de milliers de requêtes, souvent désespérées, chaque année? Pourquoi existerait-il une Commission d’accès aux documents administratifs, la CADA, dont mes lecteurs apprendront avec la même stupeur que moi, qu’elle n’a pas d’autre pouvoir que de recommandation? Parenthèse personnelle: j’ai dû moi-même faire appel à la CADA pour avoir communication à l’université de Rouen d’un procès-verbal introuvable du conseil scientifique... On me le communiqua in extremis. Comme on dit à la télé, «il faut le faire»...
Le président de l’université de Brest affirme maintenant que madame Lorne n’était nullement licenciée mais que son stage serait prolongé d’un an. Pourquoi ce curieux et soudain conditionnel? J’aimerais tout particulièrement savoir quand (et si) elle a eu connaissance de cette possibilité?
J’ai bien peur qu’elle n’ait appris qu’en septembre dernier, quelques jours avant son suicide, qu’elle n’était pas titularisée et non pas en juin, comme cela aurait été correct, que son stage était prolongé d’un an.
Tout salarié qui attend un CDI sait dans sa chair et à travers son angoisse la différence entre un CDD purement et simplement non renouvelé et un CDD prolongé d’un an. Ce n’est pas grand chose mais cela fait juste une petite différence, y compris psychologique, y compris pour un fonctionnaire stagiaire...
Mais à quoi bon les petites différences!
Ce qui compte, ce sont les grosses —celles qui concernent, par exemple, la définition du sponsoring ou le fait que Morlaix n’est pas Brest.
(à suivre).

dimanche 23 septembre 2018

Un suicide dans les règles (1)

Texte original publié sur mon blog de Libération intitulé Traverses le 28 octobre 2008

Il ne suffit pas pour devenir fonctionnaire de réussir un concours. Il faut après une période comme fonctionnaire stagiaire être titularisé. A quelques rarissimes exceptions près, il s’agit d’une formalité. Sauf...
J’ai parlé il y a quelques temps à la fin de l’Esprit public, dans ma «brève», de ce qui est arrivé à l’université de Brest à une jeune maître de conférences en philosophie, madame Marie-Claude Lorne. Il me faut y revenir tant l’affaire est grave... et étouffée.
Excellente chercheuse selon ceux qui l’ont dirigée, ayant donné toute satisfaction comme enseignante, Madame Lorne vit sa titularisation refusée lors de ce qu’on appelle «une commission de spécialité» le 13 juin dernier.
J’ignore quelle fut la raison de ce refus de titularisation, mais il n’est même pas sûr qu’il y ait eu à donner une raison: les procès-verbaux sont aujourd’hui normalisés et demandent juste le résultat du vote. Elle ne fut pas titularisée à l’unanimité. Soit. L’étrange, c’est que cette unanimité fut de 2 votes sur 2 présents.
A ce qu’il semble, Madame Lorne fut prévenue de la décision fort tard — début septembre, je crois. J’attends qu’on me démente sur ce point. C’est fou ce que dans une administration on ne sait jamais comment trouver ses administrés!
Toujours à ce qu’il semble, Madame Lorne ne sut apparemment pas comment faire recours contre cette décision.
Peut-être son possible appel était-il forclos.
Madame Lorne s’est jetée dans la Seine le 22 septembre, de la passerelle Simone de Beauvoir. Son corps fut retrouvé début octobre. Ça au moins c’est certain.
Tout s’est passé dans les règles.
Ceux qui s’indigneraient sont priés de se taire sous peine de poursuites puisque, encore une fois, la procédure fut respectée.
Les deux membres, je crois brestois, qui statuèrent, siégeaient régulièrement et décidèrent en leur âme et conscience. Il s’agissait d’une seconde convocation de la commission, sans nécessité de quorum. Ils avaient donc tout pouvoir pour décider à deux et rien qu’à deux. Rien à redire!
Tout universitaire sait qu’il est difficile de réunir au complet ces fameuses commissions qui se prononcent sur les recrutements. Elles comportent beaucoup de membres extérieurs qui peuvent ou ne peuvent pas venir. Les réunions ont, en plus, l’inconvénient d’avoir lieu toutes au même moment, en fin d’année, quand il y a beaucoup de charges de jury. Calendrier des procédures oblige.
Et puis tous les membres ne mesurent pas l’importance des enjeux — surtout quand il s’agit d’une formalité comme la titularisation d’un maître de conférences. Il serait intéressant sur ce point de savoir quel était le libellé exact de l’ordre du jour et s’il mentionnait la gravité de la décision.
Tout universitaire sait aussi comment transformer une pesanteur administrative en opportunité. Vous convoquez une première réunion —qui ne peut se tenir faute de quorum et vous convoquez aussitôt la suivante, qui pourra se tenir validement sans quorum. Je connais beaucoup d’universités où l’on envoie même deux convocations à la fois, une pour 14h, où il n’y aura pas le quorum, et une autre pour 14h30 qui pourra se tenir validement avec les mêmes membres qui, à 14h, étaient trop peu nombreux pour siéger. C’est parfaitement irrégulier mais pratique. J’espère que ce ne fut pas le cas à Brest.
Toujours est-il que madame Lorne ne fut pas titularisée.
Quand on sait la difficulté à trouver un poste dans l’université aujourd’hui, la décision était un peu plus grave qu’une simple formalité, très grave même. Elle revenait à briser une carrière. Elle a même brisé une vie.
Je suppose que les deux «décideurs» ne mesurèrent pas la gravité de ce qu’ils faisaient. Ils doivent être bien embêtés. J’espère que la présidence de leur Université leur a financé les soins d’un psychologue pour accompagner leur trauma. (à suivre...)

samedi 22 septembre 2018

Un triste anniversaire - l'affaire Marie-Claude Lorne




Le 22 septembre 2008, il y a dix ans exactement, une jeune femme, Marie-Claude Lorne, maître de conférences de philosophie à l'université de Bretagne occidentale (UBO) à Brest, se jeta dans la Seine à Paris depuis la passerelle Simone de Beauvoir, en face de la Bibliothèque nationale de France, avec son sac à dos lesté de haltères.

Elle venait d'apprendre qu'après une année comme maître de conférences stagiaire, elle n'avait pas été titularisée.
On retrouva son corps dans la Seine en aval de Paris au début d'octobre.

On parle beaucoup de souffrance au travail et de harcèlement mais, apparemment, cela n'arrive jamais, jamais au grand jamais, dans les universités, où ne règne non plus aucune omertà.

Pour célébrer ce triste anniversaire, j'ai décidé dans les jours qui viennent de republier tels quels les posts que je publiai à l'époque sur mon blog Traverses alors hébergé par Libération - où on peut toujours les consulter d'ailleurs.

Je fus aussitôt poursuivi pour diffamation par le président de l'UBO, un nommé Pascal Olivard, mais curieusement pas pour les propos publiés sur mon blog mais pour une intervention à la radio.
Je vais donc republier tels quels ces posts passés dont l'âge me garantit l'immunité.
Je les ferai quand même suivre de quelques compléments et rectifications puisque les procès auxquels je dus faire face me permirent d'en apprendre des vertes et des pas mûres. En historien probe je retracerai ensuite la carrière glorieuse des protagonistes de l'histoire. Quand on sort un corps putréfié de l'eau, il n'y a pas place pour le story-telling...

J'ajoute que je ne connaissais absolument pas Madame Lorne mais que, en revanche, bien au fait des arcanes de l'université, je me doutai aussitôt du scandale.

A ma grande surprise, je fus le seul universitaire à dénoncer ce scandale.
J'ai particulièrement apprécié de constater à l'époque que tous nos grands donneurs de leçons morales passaient discrètement sous la table: japper dans l'abstrait, c'est beau, c'est grand, c'est courageux; prendre des risques, c'est autre chose. Il est plus facile de refuser une légion d'honneur (qu'il suffit de ne pas se faire remettre) que de défendre l'honneur tout court.
Je fais une exception pour Jean Gayon, récemment disparu, qui eut le courage et la constance de soutenir mes efforts.


lundi 10 septembre 2018

Nouvelles de l'Eden (4) - jets et "fecales"


En partant d'un article du JDD du 17 août sur les flottes de jets privés et les trafics qu'elles favorisent, je disais il y a quelques temps qu'il en va de même à Ibiza: djs, oligarques, riches vip, mafieux débarquent en avions privés quasiment sans contrôle.
Un article du Diario de Ibiza du 3 septembre dernier apporte quelques précisions statistiques:
- 1er semestre 2017 3991 vols pour 8660 passagers (en gros deux pingouins par vol...)
- 1er trimestre 2018, 4288 vols pour 9412 passagers. (idem)
Rien évidemment sur les contrôles (ou plutôt l'absence de tout contrôle) mais en revanche de gros regrets que le parking pour ces jets soit trop petit....
Sans qu'il y ait le moindre lien, je remarque que le mot le plus utilisé dans le même Diario est le mot "fecales": les plages, les ports, les rues après l'orage sont inondés d'aguas fecales, bref de merde.
Les stations d'épuration marchent à moitié, les réseaux d'évacuation sont à bout de souffle et les émissaires en mer sont pourris et rouillés.
Et donc il y a beaucoup d'endroits où on nage dans la merde.
Dans le même temps les écologistes podemistes de la coalition PSOE/extrême gauche au pouvoir défendent la posidonia, les algues, les mousses endémiques et même les frelons - mais la merde, ce n'est pas leur problème. Ce doit même être quelque part sain...

vendredi 7 septembre 2018

Quelques réponses à un questionnaire de la revue chinoise pour enfants Front Vision


A l'occasion de la publication de mon texte sur Plaisir, bonheur et joie et de celui sur Kant


您能想培养阅读习惯的孩子提些建议吗?比如,您推荐他们读哪类文章或哪种(利于提高整体文化素质)
Avez-vous des conseils à donner aux jeunes lecteurs en matière de lecture ? Par exemple, qu’est-ce que vous recommandez comme lecture aux jeunes pour améliorer le niveau de culture générale)?
 Lire la littérature classique qui apprend à connaître la nature humaine et surtout les sentiments. Lire Kipling, Victor Hugo, Jules Verne, les classiques chinois. Le problème : il faut trouver ce qui vous convient car tout ne plaît pas. Et donc il faut essayer beaucoup de choses, demander des conseils et si ça n'intéresse pas essayer autre chose – jusqu'à ce que l'on soit passionné. Ne pas se décourager. Récemment une adolescente m'a surpris par la perspicacité de sa vision de certaines personnes vraiment hypocrites et je lui ai demandé comment elle avait fait. Elle m'a dit: je lis beaucoup de littérature

在您看阅读科普孩子的成长有什么帮助?
Qu’en pensez-vous de la lecture des articles de vulgarisation scientifique dès le jeune âge ? (Pour votre info : certains de nos lecteurs n’ont que 9-10 ans, dans leur cas, c’est souvent une lecture fortement aidée par les parents, qui lisent d’abord eux-mêmes et se documentent et puis expliquent aux enfants)
 Je suis assez réservé car beaucoup de sujets sont difficiles à présenter clairement et la mauvaise vulgarisation scientifique est pire que tout. Je vois que mes propres petits enfants ont la tête pleine de sottises sur l'intelligence artificielle, la médecine, les mondes galaxiques. Il faut trouver les bonnes sources d'information et les bonnes revues. C'est encore la science-fiction qui serait la plus fiable et la plus intéressante. Au lieu de toutes les sottises végan des magazines pour ados...

您怎么看哲学和科学的关系?
Qu’en pensez vous la relation entre les sciences (dites « dures ») et la philosophie ?
 Il y a une production scientifique si immense qu'il est difficile de s'y retrouver mais il faudrait au moins que les philosophes ré-apprennent ce que c'est que la démarche scientifique, la preuve, la discussion des hypothèses. Les philosophes ont malheureusement délaissé les questions d'établissement de la vérité pour dire n'importe quoi sur la vérité, la manière de la raconter (les storytelling par exemple). J'ai fait beaucoup de philosophie des sciences et c'est la meilleure école pour ne pas dire de bêtises. Il y a une telle inculture épistémologique que vos cheveux se dressent sur la tête - par exemple quand on lit un pseudo-philosophe comme Bruno Latour.

您对小孩子学哲学怎么看 (法国是罕见的中学设立哲学课的国家,而在中国,哲学被认为是大学以上才能懂)?您对小多的有什么建议
La France est un des rares pays dans le monde où les cours de philo sont obligatoire au lycée ; or en Chine, la philo est considérée comme matière difficile et abstraite, donc « réservée » pour les études supérieures et les intellectuels. Que pensez-vous des cours de philo aux ados ? Avez-vous des conseils à ce sujet à nos jeunes lecteurs ?

La philosophie « fondamentale » est effectivement abstraite et difficile mais le questionnement, l'art de poser des questions, de faire des distinctions, de rechercher des preuves, de voir tous les aspects d'un problème est à la portée de tous et surtout des adolescents qui n'ont pas encore trop de préjugés et surtout ont un esprit très flexible et agile. J'ai fait beaucoup de philosophie avec des adolescents et ait écrit deux livres (La philosophie 100% ado) pour les 11 à 14 ans et j'étais émerveillé par leur ouverture à la réflexion.


于小孩,他需要做些什么,会更接近幸福?
Dans ce numéro, nous abordons le sujet de « bonheur ». En tant que philosophe, d’après vous, qu’est-ce que les enfants devraient faire pour s’approcher du bonheur ? 

Je dirais: ne pas rechercher le bonheur comme si c'était une chose qu'on trouve au supermarché mais savoir profiter du temps, de l'instant, des moments du jour, des rencontres, des hasards. Aujourd'hui tout le monde veut être « occupé », ne pas s'ennuyer, trouver quelque chose à faire. Il faut au contraire réapprendre l'attention, la lenteur et même l'ennui Sinon on devient frénétique et malheureux sans tenir en place.

lundi 3 septembre 2018

Sur le départ de Marta Gili de la direction du Jeu de Paume.


La galerie du Jeu de Paume est à beaucoup d'égard une chose parfaitement inutile: comme si l'offre culturelle à Paris n'était pas déjà pléthorique!
Elle est donc condamnée à offrir des expositions conventionnelles de photographie classique car il faut des clients pour faire vivre cette boutique coûteuse. Invention connais pas.
La dernière directrice Marta Gili est partie en juillet dernier.
Elle n'a pas fait mieux que ses prédécesseurs - même son exposition Hausmann était banale et académique.
Sauf sur un point que le monde de l'art qui pratique mieux l'omertà qu'on ne le fait en Corse s'est bien gardé de révéler.
Cette sympathique catalane aux credentials fort minces a créé et entretenu un climat social désastreux qui a valu plusieurs interventions de l'inspection du travail et de la médecine du travail.
Quand ça se produit chez un industriel quidam, petit ou grand, tous les médias montent au créneau.
Ici rien - rien de rien. Les tutelles sont comme d'habitude passées sous la table.
Il fallait le dire - je l'ai dit.

Tiercé gagnant?


Les spéculations iront bon train jusqu'à demain sur les noms des lapins qui sortiront du chapeau présidentiel pour remplacer le pitre Hulot et quelques autres ministres qui n'ont pas su faire croire qu'ils avaient fait leurs preuves.
Hulot était une bonne prise de guerre quand on sait les contorsions de Sarkozy et Hollande pour faire tomber dans leurs rets le lobbyiste de la maison Ushuaïa, mais il était à prévoir qu'il aurait mieux à faire. J'ai déjà été surpris qu'il restât plus d'un an: c'est bien joli de vouloir sauver la planète mais c'est plus facile à dire d'un Ulm que de le faire passer dans les lois.
Maintenant que Macron nomme Debouze ou Angot ou Lang ou Enthoven à la culture, Royal ou la pipelette des éditos Cohn-Bendit, ou Baupin pour faire bon ménage avec Schiapa à l'écologie n'a strictement aucune importance.
Car les problèmes ne viennent pas des personnes mais de cette chose dont on dit qu'elle n'existe plus - de la réalité.
Actuellement la réalité a trois enrochements bien durs et pas trop vulnérables au storytelling:
- la désagrégation rampante et avancée de l'Europe avec d'un côté les pitres de la Commission européenne pour qui c'est toujours une affaire de verre vide ou de verre plein (n'est-ce pas Mr Juncker, mère de tous les évadés fiscaux?), d'un autre les populismes (y compris de gauche!) et d'un autre encore les migrants avec le business des ONG et des droits de l'homme;
- la crisé économique rampante elle aussi qui tient à la fois à ce que la leçon de 2008 a été largement oubliée et à ce que Trump tue le libre-échange et impose la loi américaine (avec succès);
- la crise écologique, insoluble sans réelle catastrophe: tout le monde veut bien rouler à l'électrique mais personne ne se soucie des batteries et encore moins de l'inutilité des moulins à vent....
Et donc Macron peut nommer qui il veut et faire des moulinets: le temps est plutôt venu de regarder la réalité en face, de diminuer la voilure et les prétentions et de faire ce qu'il peut faire et pas ce qu'il rêverait de faire.
Diminuer le poids de la fonction publique, améliorer le système de santé, mettre au rebut la poubelle de l'audiovisuel public, réformer la fiscalité, remonter l'école coulée par les socialistes, les syndicalistes et les pédagogistes, remonter une université qui a sombré - voilà des choses possibles.
Le reste, il peut le laisser à Ruquier, le patron du monde intellectuel.