dimanche 13 janvier 2019

Après le samedi IX - maintenant quoi?


Hier

Ce samedi IX de mobilisation des gilets jaunes a vu un regain de participation – sans violence ou presque.
Sottise ou parler vrai d'un Jupiter imbu de mépris, les déclarations de Macron autour d'une galette des rois n'y sont pas probablement pas pour rien. Entre l'affirmation grotesque qu'il faut dix ans pour apprendre à faire une baguette et la fustigation indécente de ceux qui ne veulent pas travailler, le président a encore fait fort. Il montre surtout qu'il n'a toujours pas compris à quel point le mouvement est profond et à quel point beaucoup de « paresseux » ou « assistés » sont à bout.

La baisse du niveau de violence sans baisse de la participation a probablement deux raisons.

D'une part la plupart des gilets jaunes veulent pour de bon mener des démonstrations pacifiques pour être entendus. De ce point de vue la dispersion géographique du mouvement en dit long sur son enracinement.
Il se peut aussi que la menace gouvernementale de la répression porte ses fruits – on n'ose en tout cas penser que le gouvernement joue sur le pire – encore que quelques déclarations, notamment du malsain et méchant Griveaux inquiètent, d'autant que l'olibrius en question est quand même porte-parole du gouvernement...

L'insurrection qui ne viendra pas

Le temps de l'insurrection est passé. On n'en est pas passé loin et le gouvernement aurait tort de ne pas s'en souvenir. La situation en décembre 2018 a été quasi insurrectionnelle et les autorités ont été, à juste titre, prises d'une frousse bleue quand elles ont entrevu que les forces de l'ordre pourraient elles aussi basculer - leur sort n'étant pas si différent de celui des manifestants qu'elles affrontaient.

Le pays a donc échappé à une révolution style "printemps arabe" avec protestation populaire, effondrement des autorités et fraternisation des forces de maintien de l'ordre. Macron a eu chaud et j'espère qu'il en restera plus conscient que rancunier - ce qui n'est pas évident compte tenu de la psychologie du personnage. Il est vrai que la France, quoi qu'on en dise, n'est pas l’Égypte de Moubarak ni la Tunisie de Ben Ali. On peut demander à y être plus et mieux entendu mais ce reste jusqu'à nouvel ordre un État de droit.

Et maintenant le grand débat ?

Pas mal de choses vont dépendre du contenu de la lettre aux Français sur le grand débat national qu'est en train de concocter le président Macron.

Il est à craindre que cette lettre cadre si étroitement le débat qu'elle le tue dans l’œuf. Les choses ont déjà bien mal commencé avec la désignation pour organiser la consultation de Mme Jouanno, une intrigante trop bien payée à la tête d'une haute autorité dont personne ou presque n'avait jamais entendu parler. Pour ajouter l'infamie à la sottise, la dite personne a décliné la responsabilité tout en s'accrochant à sa rémunération. Les gilets jaunes auront sûrement apprécié ce démarrage en fanfare.

Quelle sera la participation des citoyens à ce débat? Quelle proportion d'entre eux s'exprimera pour dire quoi et en étant écoutée comment? Jusqu'où les résultats de la consultation seront ils acceptés? Qui les contestera et comment? Autant de questions auxquelles on ne peut répondre à ce jour.

En revanche, il est certain que le mouvement, puissant et enraciné comme il l'est va se prolonger. Il lui faudra inventer de nouvelles tactiques - cela peut aller de la menace de retraits bancaires à des actes individuels symboliques. Rappelons avec crainte que la révolution tunisienne du jasmin a commencé par le suicide par le feu d'un marchand des quatre saisons désespéré dans la ville économiquement sinistrée de Sidi Bouzid.

Une nouvelle formation politique ?

La question de l'éventuelle organisation des Gilets jaunes en formation politique est à envisager.
Deux exemples sont déjà à notre disposition: celui du mouvement Cinque Stelle en Italie et celui du parti Podemos en Espagne.

Le parti Cinque Stelle a démarré en Italie à partir d'une protestation politique "à la Coluche" mais il a rapidement été organisé autour de cinq principes pas spécialement réactionnaires - l'eau publique, les transports « durables », le développement, la connectivité et l'environnement - par un petit groupe d'acteurs du web autour du sulfureux Casaleggio, qui ont utilisé intelligemment les moyens techniques nouveaux. Ce pourrait être une solution pour les Gilets jaunes. Elle respecterait leur souhait d'organisation non hiérarchique horizontale. Ce qui diminue la probabilité de cette éventualité est que les Gilets jaunes se recrutent dans une population vieillie, peu ouverte aux technologies nouvelles.

Podemos en Espagne est né en 2014 trois ans après le mouvement des Indignés de 2011, assez proche de celui des Gilets jaunes mais dans un pays aux caractéristiques démographiques et politiques très différentes de celles de la France. Surtout la structuration du mouvement, même si elle a fait appel aux nouvelles technologies, a été l’œuvre d'une poignée de militants léninistes sans états d'âme, formés à l'école castro-vénézuelienne et qui font régner une discipline de fer. Dieu merci, nous n'avons pas beaucoup de léninistes en France, hormis Coupat et ses amis, et parfois Mélenchon, mais celui-ci a passé trop longtemps dans l'ouate dorée du socialisme égoïste pour se métamorphoser en léniniste et sa rhétorique caractéristiquement de droite le rapproche d'un espace...déjà occupé, celui du RN.

Le fait est que l'obstacle majeur aujourd'hui en France à l'organisation politique du mouvement des Gilets jaunes est la présence sur le marché politique de deux partis déjà structurés, le RN (ex-FN) et la France insoumise. Ces deux partis ne souhaitent absolument pas voir apparaître un concurrent qui leur disputerait la clientèle que déjà ils se disputent.
Sauf donc à voir apparaître un mouvement de gilets jaunes macroniens impulsé par de petits machiavéliens de pouvoir, une structuration spécifique du mouvement a donc peu de chances de voir le jour.

Le plus probable.

Une double éventualité me semble en revanche avoir un fort degré de probabilité.

D'une part, c'est aux élections européennes que la sanction Gilets jaunes se fera évidente et lourde à travers un vote populiste de gauche et plus encore de droite inévitable. N'oublions pas que depuis 2005 le vote pro-européen est en France très minoritaire. L'évolution va encore se renforcer.

D'autre part, quel que soit le projet de réforme abordé, le gouvernement de Macron va être bloqué. Je vois mal comment il pourrait faire passer une réforme des retraites, de l'indemnisation du chômage ou de la Constitution sans faire ressurgir la menace des Gilets jaunes chaque fois appuyés par les nouvelles catégories de la population touchées par les projets. Et même si Macron cherche la solution d'un référendum à QCM, il risque soit d'obtenir des scores ric-rac, soit tout simplement de se voir répondre « Macron, c'est non » - comme on l'entend depuis au moins huit semaines et même plus.

mercredi 9 janvier 2019

2019 année noire

Après le faux calme de l'année 2018, 2019 risque d'être très dure.
INTERNATIONAL
Au plan international, bien malin qui prédirait quoi que ce soit - mais l'on sait au moins que les temps de l'harmonie globale et de l’État universel cosmopolitique sont finis. Les trois grandes puissances (USA, Russie, Chine) mènent chacune leur politique au mieux de leurs intérêts. Les Européens doivent s'habituer à l'idée que « l'ami américain » ne les soutient plus et s'entend chaque fois que c'est nécessaire avec ses adversaires-partenaires.
Compte tenu du caractère erratique (mais fondamentalement égoïste et réaliste) de la politique trumpiste, les pays européens devront adopter des manières de voir elles aussi plus réalistes et admettre que les alliances doivent être reconfigurées. Il leur faudra revoir, même si c'est difficile, leur vision de la relation avec la Russie : Poutine n'est pas un marxiste internationaliste attardé mais un nationaliste impérial.
Au Moyen-Orient, le statu quo continuera à reprendre ses droits après sept ans de guerre civile et internationale en Syrie – pour rien (bravo les humanistes!). Assad sera sorti indemne du conflit. Les Kurdes resteront menacés et l’État islamique rendu à la clandestinité continuera à disséminer ses métastases dans le monde musulman.
EUROPE
En Europe, le moment important, sinon décisif, sera celui des élections au parlement européen de mai 2019.
Ce parlement n'a pas grande importance face à la technocratie de Bruxelles et surtout au conseil des États européens à 27 – qui ne peut se mettre d'accord que sur des points mineurs vue la règle de l'unanimité -. Peu importe ! Il faut s'attendre à un raz-de-marée populiste. A force de gouverner contre les peuples, les gouvernants vont se retrouver seuls face à eux. Il se produira au plan européen la même chose qui s'est produite en France avec le FN : la montée d'un populisme profond auquel ne peut répondre une simple accusation de diabolisation.
La pression migratoire va continuer et même s'accroître. Elle va causer des fractures de plus en plus profondes à l'intérieur des pays européens.
D'un côté, les catégories sociales aisées, qui habitent dans des quartiers préservés et se comportent comme d'heureux citoyens du monde (tourisme et globalisation), continueront à défendre avec une générosité qui ne leur coûte rien le droit à l'accueil. Elles ne souffrent pas directement de l'arrivée des migrants et même y trouvent opportunément du personnel de service et des nounous pour leurs enfants.
D'un autre les « petits blancs » dénonceront encore plus les coûts sociaux, politiques et culturels des politiques d'hospitalité. Pour peu que les attentats fondamentalistes se poursuivent de manière spectaculaire ou banalisée (les attaques au couteau), la fracture s'aggravera.
Les pays européens eux-mêmes seront de plus en plus divisés.
Ceux du sud, qui sont en première ligne face à la pression migratoire et dont les budgets sont laxistes auront de plus en plus de mal à s'entendre avec les pays du nord responsables et se retrouveront aussi en porte à faux avec les ex-pays de l'Est qui affichent, eux, leurs principes chrétiens et anti-socialistes.
En fait la question cruciale de 2019 va être celle de l'état de l'Union européenne. Continuera-t-elle à se décomposer, ou bien trouvera-t-elle, sous la menace, les forces pour repartir de l'avant ?
On ne discerne à ce jour aucun courant de pensée, aucun parti et encore moins de personnalités capables de porter un projet européen renouvelé.
LA SITUATION FRANCAISE
Bien qu'elle nous soit plus proche, elle est plus difficile à appréhender que la situation internationale.
La politique de réforme du président Macron a connu un coup d'arrêt spectaculaire avec la crise des Gilets jaunes.
A première vue, malgré une prise de conscience tardive de la gravité de la crise et des concessions improvisées, le gouvernement a paru avoir un temps repris la main mais il semble pour de bon désemparé.
D'une part, les revendications des Gilets jaunes ont ouvert la porte à toute une série d'autres revendications catégorielles qui vont exercer leur pression ouverte ou latente (les stylos rouges par exemple), mais aussi peser en cas de reprise (très problématique) du programme des réformes – par exemple quand il s'agira des retraites, de la réforme de l'assurance chômage ou encore de la fonction publique.
D'autre part, des revendication nouvelles sont apparues qui vont parasiter et faire dérailler les projets du président de la République : il n'est pas possible que la demande d'un RIC (référendum d'initiative citoyenne) n'impacte pas les projets de réforme constitutionnelle d'Emmanuel Macron. L'échec prévisible de la consultation citoyenne risque de rendre le pays ingouvernable.
Quant aux réformes à portée culturelle éminemment polémique – je pense au domaine de la bioéthique et à celui de la laïcité et des cultes – elles vont être difficiles voire impossibles à aborder à cause de leur potentiel de clivage communautaire.
La relance du projet européen, pourtant indispensable en raison du délitement de l'Union européenne et qui était un des points forts du programme de Macron, est à mon avis condamnée en raison des résultats très probablement désastreux des élections européennes au plan intérieur et de l'affaiblissement considérable de la France aux yeux de ses partenaires européens après la succession de crises qu'elle vient de connaître.
Dans le meilleur des cas, Macron risque donc de devoir négocier des réformes nettement moins ambitieuses que celles qu'il prévoyait, avec un calendrier d'ores et déjà retardé et distendu qui le rapprochera de l'échéance présidentielle et donc incitera à la prudence voire à l'attentisme.
Dans le pire des cas, il sera bloqué.
Un quinquennat parti pour être « révolutionnaire » a toutes chances de finir en queue de poisson hollandaise – avec une montée continue et inéluctable du populisme.
Ce qui pose moins la question d'un peuple de Gaulois irréformables que celui de l'incompétence d'une classe politique coupée des réalités tant nationale qu'internationale, ou celle d'institutions définitivement inadaptées.
Il est temps de s'interroger sereinement sur la répétition, quelle que soit la majorité en place, de ces crises face à toute entreprise de réforme. Depuis Chirac 1995, c'est la fatalité déprimante, sauf quand, comme Chirac toujours, on ne fait strictement rien.
Les institutions y ont leur part et notamment le mode actuel de représentation du peuple qui met sous le tapis toutes les revendications perturbantes. Il faut qu'une part à définir de proportionnelle soit introduite dans les modes de suffrage - avec prudence si l'on veut en même temps éviter les situations de gouvernements minoritaires (Grèce, Espagne) et les alliances de pure opportunité (Espagne, Italie).
La sélection des prétendues élites de gouvernement a une part essentielle aussi dans ces crises à répétition. La gouvernance depuis des décennies par une oligarchie caméléonesque de techniciens beaucoup moins compétents qu'ils croient et coupés des réalités sociales ne peut plus durer. La suppression pure et simple de l'ENA serait un tout premier pas. Il faudra ensuite nettoyer la fonction publique aussi bien de ses organismes inutiles que de ses incapables.
Enfin la recherche d'une fiscalité juste entièrement repensée est indispensable. Il est sidérant qu'un pays où les transferts financiers et la redistribution sociale atteignent un tel niveau soit aussi celui où tout le monde se considère traité injustement. A transformer l’État en guichet, on fait des citoyens des quémandeurs dans une queue d'envieux.
Le mouvement des Gilets jaunes aura eu le mérite de mettre le doigt sur ces faiblesses majeures.

lundi 7 janvier 2019

Casting, timing et manque de finesse: les trois talons d'Achille Jupiter



Des éléments de langage simplistes sur la violence et la réponse sécuritaire ont été concoctés à l’Élysée et sont répétés-ânonnés fidèlement par tous les ministres depuis quelques jours.
Hier même cet intègre Blanquer prêchait la sévérité.
Hier le teigneux et l'insupportable tête à claques Griveaux montrait les crocs - qu'il a plutôt l'habitude de laisser traîner sur le plancher -.
Ce matin, c'est Darmanin qui s'y met.
En même temps (comme dirait Jupiter), les gens sont de plus en plus conscients, lucidement conscients, qu'il y a en France deux poids deux mesures;
D'un côté, racailles de banlieues, zadistes et black blocks font ce qu'ils veulent et on les poursuit avec des pincettes garnies de coton.
De l'autre on cogne et gaze les papys (j'exagère un peu mais à peine).
il est vrai que c'est plus facile et moins dangereux.
Et comme cerise sur la tarte à la crème que Macron va finir par se prendre, on nous sert ce matin des éléments de langage fiscaux...Darmanin, encore lui, nous annonce que les employés du fisc libérés de la perception de l'impôt iront renforcer la lutte contre la fraude. Je pensais bêtement qu'on en profiterait pour commencer la cure d'amaigrissement du mammouth....
Quoi de plus intelligent quand on met en place une réforme délicate comme celle du prélèvement à la source que de dire que ceci s'accompagnera d'une lutte renforcée contre la fraude fiscale? Je n'ai rien contre une telle lutte mais on ne sort pas ce thème quant on fait une réforme qui fait déjà soupçonner un renforcement de l'inquisition fiscale sur...les pauvres idiots salariés qui ne peuvent pas frauder et qui en ce moment mettent des gilets jaunes.
Macron m'apparaît de plus en plus comme un redoutable crétin, qui n'a aucun sens ni du timing ni du casting ni de la finesse.
Pour la finesse humaine on savait déjà qu'il était limité à force de l'entendre rabrouer Mme Michu dans les rues.
Pour le timing, il est vrai que dans le bulle de l'Ena et de l'oligarchie de pouvoir le seul temps qui compte est celui des plans de carrière.
Quant au casting il se résume à des jeux de chaise musicale entre idiots nantis.

Quos vult perdere Jupiter dementat....

Sur la violence des gilets jaunes : exagérations et conditions de contexte - 13 remarques


1) Dire que jamais on n'a atteint un tel niveau de violence est stupide. Sans remonter à Charonne (1962) et aux manifestations contre la guerre d'Algérie, il suffit de penser à l'intifada des banlieues de 2005 ou aux guet-apens régulièrement tendus à la police avec parfois des conséquences humaines dramatiques (policiers brûlés de Viry Chatillon 2016).

2) Le maintien de l'ordre « souple » et « en douceur » qui est la doctrine des forces de l'ordre depuis l'affaire Malik Oussekine (1986) a conduit à renforcer l'équipement défensif de la police (policiers-ninjas) et à l'utiliser de manière passive pour contrôler les périmètres de manifestation et empêcher ou limiter les débordements.

3) Les dégâts matériels sont considérés comme un moindre mal et censés être couverts par les assurances ou les autorités dans une société « assurantielle ».

4) Au nom du droit constitutionnel de manifestation, on a laissé (laxisme) les manifestants prendre leurs aises avec les limitations qui accompagnent ce droit : obstruction de la chaussée, déprédations, insultes à la police et attaques artisanales contre les forces de l'ordre. La ZAD de Notre Dame des Landes a été un laboratoire pour ces dérives, après la malencontreuse mort de Rémi Fraisse à Sivens en 2014, dont il était en fait le premier responsable.

5) Les formes de manifestation ambiguës des Gilets jaunes mêlant hommes et femmes, jeunes et adultes plutôt âgés, bonhomie et violence sont difficiles à gérer, exactement comme celles où manifestants et casseurs se mélangent. De part et d'autre les dérapages sont inévitables. Il est étonnant qu'il n'y ait pas eu à ce jour plus de bavures policières.

6) Les manifestations sont aujourd'hui couvertes par un essaim de « journalistes » et reporters. Certains sont free-lance, d'autres à la solde des manifestants, d'autres encore des forces de l'ordre. N'importe quel fait divers ou bavure ou anecdote est aussitôt répercuté sur les médias sociaux et les médias grande diffusion.

7) La présence de ces « observateurs » ne facilite pas le maintien de l'ordre, ne serait-ce que du fait de leur situation au milieu des affrontements. Dans les « vraies » guerres, les photo-reporters ont en revanche disparus pour la simple raison qu'ils ne sont plus « sous immunité presse », que beaucoup sont morts et qu'ils doivent être désormais « embedded », c'est-à-dire enrôlés dans un camp ou un autre.

8) Les chaînes d'info qui reprennent en boucle les épisodes les plus spectaculaires rendent la violence omniprésente, continue sur toute la journée, mais photogénique et « correcte ». Le boxeur de la passerelle Senghor sera certainement arrêté mais son aura dépasse déjà tout ce que sa carrière de pugiliste lui aura apporté.

9) Les vraies images de la violence (par exemple la vidéo de l'égorgement de la touriste norvégienne le 16 décembre 2018 dans le Haut Atlas marocain) sont in-montrables et de toute manière leur diffusion fait l'objet de poursuite (Marine le Pen mise en examen en mars 2018 pour avoir diffusé des images de victimes de Daesh). On ne peut donc montrer qu'une violence édulcorée et esthétisée à effet d'indignation.

10) Comme les Français, gouvernant comme gouvernés, croient qu'ils sont seuls au monde, ils n'ont aucun souci des effets désastreux de ces images édifiantes hors de leurs frontières.

11) Il y a aujourd'hui (et depuis longtemps) deux poids, deux mesures en matière de répression : des atteintes graves à l'ordre public (voitures incendiées, menaces, guet-apens contre les forces de l'ordre) sont largement tolérées, en partie par impuissance et du fait de l'existence de nombreuses zones de non-droit. En revanche la violence des Gilets jaunes est stigmatisée. Il est vrai qu'elle est porteuse chez certains de volonté insurrectionnelle, alors que la sécession d'avec la République de certains quartiers est consommée et admise comme une fatalité dont il ne faut pas parler.

12) Un remède envisageable à la violence actuelle consiste dans l'application stricte de la loi et donc le prononcé de très lourdes condamnations lorsque les faits sont avérés – et ils peuvent l'être grâce aux images filmées sur place. Les suites données à l'agression des policiers par le boxeur seront en ce sens parlantes.

13) Un autre remède est qu'un drame se produise, avec pour de bon des morts en nombre significatif. Selon les circonstances, cela pourra faire l'effet d'une douche froide ou mettre vraiment le feu. On verra. C'est risqué.

dimanche 6 janvier 2019

Ciel! Si le Figaro s'y met....


L'éditorial du Figaro du lundi 7 janvier 2019, signé d'un certain ci-devant Tremolet de Villers, n'y va pas par quatre chemins.
Il vaut son pesant d'inepties.

Sous le titre "l'autorité bafouée", le Tremolet en question nous sert la rengaine de l'autorité bafouée: finie la chienlit, rétablissons l'ordre, l'ordre, l'ordre!
Et de nous chanter sur un ton apocalyptique un couplet très Figaro post-68. On dirait du Hersant - sauf que Hersant l'antisémite et le collabo amnistié n'aurait pas cité Arendt, cette sale juive à ses yeux.

Lisons donc:
"Ces violences sont inexcusables, et la fascination qu'elles exercent sur certains responsables politiques ne l'est pas moins. Elles mettent au jour une crise qui couvait depuis longtemps et explose sous nos yeux: celle de l'autorité. Hannah Arendt estimait que nos sociétés, en sacrifiant leur passé, leur héritage, avaient entraîné «la perte des assises du monde». Il y a quelques mois, le chef de l'État envisageait (avant de renoncer) de commémorer Mai 68, événement qui atomise dans ses slogans et renverse dans son sillage les autorités traditionnelles: Dieu est mort, mais aussi le père, le prof, le soldat, le policier, le héros, la langue elle-même… Pendant un demi-siècle, notre passion déconstructrice a élevé au rang des beaux-arts la dérision, la dégradation, la profanation. Raffinée, élaborée, volontiers donneuse de leçon, cette philosophie de la table rase laisse le gendarme mobile seul, au cœur de la «décivilisation» avec son bouclier, son casque et sa matraque."

Quelle bonne nouvelle: la vieille France sous ses habits techno-bobo se réveille. Elle parle de déconstruction et de décivilisation. Ouah! Enfin du concept!

Le problème est que Macron n'a pas l'ombre d'une valeur arendtienne dans sa besace de banquier opportuniste.

Cet édito du Figaro vient en complément d'informations sur l'intention du dit Macron d'imposer une réponse sécuritaire à la crise.

Très bien. On va voir.

Etant donné que depuis le début, notre micro-Jupiter a eu tout faux, a parlé et agi à contre-temps, fait propager ses âneries par des ânes comme Griveaux et Castaner, rallumé les colères quand elles s'apaisaient et veut à tout prix monter les Français les uns contre les autres, on peut penser qu'il va réussir son prochain mouvement aussi bien que les autres.
Si tout se passe bien, il devrait arriver à se faire tomber le ciel sur la tête dans la patrie d'Astérix et d'Obélix.

Lire ou relire Colette Pétonnet

Je m'en veux de ne pas avoir signalé plus tôt la sortie en poche d'une collection des textes de Colette Pétonnet sur la ville, ses zones, ses quartiers et ceux qui les fréquentent. 
Quand j'avais lu à sa sortie en 1968 sa magnifique enquête Ces gens-là sur les habitants du bidonville de Nanterre, j'avais été bouleversé.
Ce livre, lui aussi disponible en poche aujourd'hui, fut pour moi une étape majeure dans ma vie intellectuelle, me détournant définitivement de l'étouffant et pompeux structuralisme bourdivin (et pas seulement Bourdieu: il y avait des punaises structuralistes partout, aux dépens de gens comme Balandier ou Bastide).
Je parle de Colette Pétonnet, ccette ethnologue modeste et impeccable, car nous aurions bien besoin aujourd'hui d'enquêteurs comme elle sur les Gilets jaunes, la France profonde, réac, oubliée et taxée, au lieu des blablas de pseudo-sociologues et pseudo-politologues vaticineurs.


PS Heureusement que Bourdieu n'est plus de ce monde, il n'aurait pas su sur quel pied danser: gilet jaune coluchien ou gilet jaune bourge ou gilet jaune en vert académie avec une épée sculptée par Rancillac?

http://www.cnrseditions.fr/sociologie-ethnologie-anthropologie/7667-variations-sur-la-ville.html




vendredi 4 janvier 2019

A gauche, un silence sépulcral

J'ai beau chercher, re-chercher, re-re-chercher, chercher encore, hormis les textes de Ahmed Henni et du groupe de Givors que j'ai signalés récemment, pas une analyse "de gauche" de la crise actuelle.
Où est la gauche qui pense?
Mélenchon? Il ne fait pas des analyses, il drague -. 
Hollande, Royal, Cazeneuve, Faure, Hamon? Laissez moi rire.
A gauche, c'est vide sidéral, électroencéphalogramme plat, intubation en soins intensifs! 
Lordon versifie en volapük pseudo-spinoziste. Coupat voit l'insurrection qui vient mais pas en jaune. Glucksmann pouponne à la Mutu, Enthoven a disparu dans le naufrage des radios. Valls roucoule en catalan. 


Elle est où la lutte des classes? Elle est où la crise du capitalisme? Elle est où la convergence des luttes? Il est où le sens de l'histoire? Il est où l'avenir radieux? Il est où le socialisme heureux? Elle est où l'union des peuples?


Il nous reste en guise de gauche des décoloniaux haineux, des néoféministes réactionnaires, des islamo-gauchistes racistes. 


Comme pour les gilets jaunes, une périphérie intellectuelle mal identifiée propose quelques analyses. On les classe à droite pour ne surtout rien voir.
Dites-moi si je me trompe!