lundi 2 mai 2016

POLITIQUE DE BOUTIQUIER, POLITIQUE DE HAINE

"Les nouvelles dépenses décidées par le gouvernement depuis le début de l'année dépassent les 4 milliards d'euros: la formation de 500.000 chômeurs supplémentaires (600 millions d'euros), la prime à l'embauche (1 milliard d'euros), plan de soutien à l'élevage (400 millions d'euros), la baisse des cotisations sociales pour les agriculteurs (500 millions d'euros), le fonds de financement de la transition énergétique (300 millions d'euros), la hausse de 1,2% du point d'indice des fonctionnaires (600 millions d'euros), le prolongement d'un an de la mesure de sur-amortissement (400 millions d'euros), les mesures en faveur des jeunes (200 millions d'euros) et l'augmentation de l'indemnité des professeurs (265 millions)."

Là dessus, on annonce une prochaine baisse des impôts - quoi de mieux pour une année électorale?
Tout ceci n'est pas grand chose par rapport à l'interminable série de mesures catégorielles prises depuis 2012.
Cela va de la suppression du jour de carence des fonctionnaires au mariage pour tous (avec/sans PMA), de la modulation des allocations familiales selon les revenus (faire payer les riches!) aux incessantes hausses des taxes sur l'auto entreprenariat (dissuader sans supprimer), de la loi Duflot à la loi Thévenoud (qui aura réussi à créer un futur « nouveau problème de taxis », celui des VTC officiels).
J'ai montré dans mon livre Qu'est-ce que le mérite? que la "customisation de l'égalité" détruit le concept même d'égalité et génère indéfiniment des communautés de plus en plus communautaires et donc antagonistes.
On transforme l'Etat-providence en Etat-guichetier ! À chacun selon ses besoins. Qui sont tous urgents et dignes.
Le Président Hollande est guichetier dans l'âme.
Dans son livre sur la campagne Hollande de 2012 Rien ne se passe comme prévu, Laurent Binet rapportait déjà des propos aussi drôles que perspicaces de Malek Boutih :
"Quand un journaliste me demande qui est Hollande, je réponds: Hollande, c'est l'Etat-providence! C'est celui qu'on appelle "le monsieur" au guichet , le monsieur de la Poste, le monsieur de la Sécu, le monsieur de la préfecture...c'est le mec derrière l'hygiaphone".
Or, s'il est apparemment très humain d' "ouvrir le guichet" (encore qu'on ait parfois de drôles de surprises avec l'omnipotence du guichetier!), ces distributions catégorielles génèrent mécaniquement la haine: "Ils ont eu ça et pas nous". "Et nous?".
Telle est l'essence du Hollandisme.
La politique du guichet universel, c'est pire que la bonne vieille démagogie, c'est l'abandon de toute politique, c'est la non-politique et la politique du mépris - "des dentiers pour tous les sans-dent"!.
Les demandeurs dans la queue, avec chacun leur plainte catégorielle, se haïssent en attendant leur tour. Et le guichetier se croit très fort d'avoir la maîtrise des heures d'ouverture et des allocations.
Sauf que ceux qui recueillent les plaintes des gens dans la queue , ce sont les populistes, de gauche comme de droite.

Lagasnerie vient d'écrire "Nuit debout a attiré ceux qui pensent leurs intérêts particuliers comme universels, et a exclu les dominés". Il n'avait pas besoin de mentionner les dominés: ils sont à la queue comme tout le monde. Et ils voteront populiste, de droite ou de gauche.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire