lundi 18 juillet 2016

LA MACHINE A DENI

De nouveau on voit la machine à déni se mettre à tourner à toute vitesse au fil de "réflexions" toutes aussi profondes les unes que les autres sur les "motivations" de l'auteur du massacre de masse à Nice le soir du 14 juillet 2016.
Or ces spéculations de psychologie de café du commerce n'ont strictement aucun intérêt.
Fou ou non (et de quelle folie puisque la folie de dieu est un classique de tous les allumés et terroristes de toujours), islamiste ou non, ayant fait allégeance à l'Etat islamique ou non, peu importe.

Ce qui compte ce sont les faits. Et ils sont assez clairs.
Un tunisien de père et mère musulmans et donc musulman à jamais, déjà condamné et connu "défavorablement" (j'adore cet adverbe d'euphémisation administrative!) des services de police, pour des faits de petite délinquance (toujours selon la formule consacrée) loue un camion de 19 tonnes quelques jours avant la célébration nationale française par excellence - le 14 juillet
Il ne loue pas n'importe quel camion, pas une bétonnière ni une benne à gravats, mais un camion frigorifique pour mieux passer inaperçu dans une zone touristique où on livre nuit et jour des glaces, des poissons et des plats du jour y compris évidemment les jours de circulation des poids lourds interdite.

Ce "fou" qui apparemment raisonne fort bien (c'est fou ce que les réputés fous savent admirablement remplir des formalités, souscrire des contrats, reconnaître des parcours, faire du bodybuilding, battre leur femme et prendre des avocats!) reprend une forme d'attentat recommandé par le terrorisme islamique et largement pratiquée aussi bien avec des camions piégés que des véhicules à vide - souvenez vous de cet autre "forcené" essayant d'écraser des militaires de l'opération Sentinelle à Valence la veille du nouvel an... -.

Ce fou pas si fou écrabouille soigneusement 90 personnes et en laisse cul de jatte une petite centaine.
Comme aurait dit feu Bourdieu, il a repris fidèlement un pattern d'action terroriste islamique - à croire que c'est presque chez lui un habitus!
Maintenant quoi qu'il ait ou n'ait pas eu en tête, son acte est un acte de terrorisme islamique.

Par ces temps d'ignorance et de gnangnantise colossales, est-il permis de rappeler que la plupart de nos actions ne sont pas nôtres et nous dépassent parce que ce sont seulement des exemplifications de patterns sociaux. Durkheim et Bourdieu au secours!
La prise en compte des intentions n'a d'intérêt que lors du traitement médical ou judiciaire - pour évaluer la responsabilité de l'individu - en ce qui le concerne LUI et pas ce qu'il a fait qui est fait.

Encore heureux que les policiers qui ont flingué le fou n'aient pas été des psychologues: le temps qu'ils réfléchissent et convoquent des experts, le type arrivait à Monte-Carlo.
Je suis au demeurant très étonné de n'avoir pas entendu jusqu'ici un seul droit-de-l'hommiste dénoncer le fait qu'on abatte chaque fois que possible les terroristes au lieu de leur donner la chance de "s'expliquer" dans un procès où ils arriveraient évidemment auréolés de la présomption d'innocence.
Où sont donc passés les belles âmes?

(Suite)  NOUVELLES DU FRONT DES MEDIAS

Ce matin, 18 juillet le débat de 12h à 13 h sur France Inter, très bien animé par Thomas Chauvineau, porte sur la bienveillance et j'y échange avec Emmanuel Jaffelin auteur de plusieurs intéressants livres sur la gentillesse.
En début d'émission, un journaliste de Libération Grégoire Biseau vient commenter l'actualité...
Je trouve déjà bizarre et malsain que les médias ne cessent de s'entre-inviter, comme si on avait besoin qu'un journaliste vienne nous redire ce qu'il a dit.
Le dit Biseau s'en prend (à juste titre) aux politiciens qui se sont empressés de commenter le massacre de Nice.
Sauf qu'en bien-pensant labellisé Libération, il leur reproche évidemment d'avoir évoqué un acte de terrorisme islamique et, aussi sec, le voilà qui nous ressert la chanson qui nous est servie depuis quatre jours (par les médias mais pas par le procureur Molins) comme quoi il n'y a aucune preuve que le tueur ait été un extrémiste religieux...
J'ai déjà dit ce que je pense de cette bien-pensance qui alimente le déni et de ce néant d'argumentation.
Comme si le fait qu'on n'ait pas de preuve avouée que l'assassin agissait au nom d'Allah changeait quoi que ce soit.
Qu'est-ce que ça change au bilan (massacre de masse), au mode d'opérer, à la revendication par Daech, à la date éminemment symbolique choisie?
Je maintiens en positiviste peu honteux que les intentions ne font pas la vérité des actes. C'est en réalité l'inverse. Ce que disait déjà Hegel: "la vérité de l'intention, c'est l'acte".
Les actes sont ce qu'ils sont, quelle que soit l'intention avérée ou inconnue et ils suivent les mises en forme sociales disponibles au moment où ils sont réalisés.
Admettons en effet que l'assassin-camionneur ait été réellement déprimé et ait "juste" voulu se suicider, il pouvait choisir divers "modèles d'action" - se suicider à la bonze (se faire brûler), à la lambda (se faire écraser par le TGV), à l'ancienne (mettre la tête dans le four de la gazinière et faire sauter l'immeuble avec soi), à la rustique (se pendre à une poutre). Or il a choisi le mode d'opérer "à la Daech" et cela me suffit.
Je recommande sur un sujet qui n'a rien à voir avec le terrorisme mais avec l'art et l'ingéniérie le merveilleux livre de Michael Baxandall Formes de l'intention (Patterns of intention) où il montre que pour comprendre les oeuvres et réalisations artistiques, y compris créatrices, innovantes ou révolutionnaires, il nous faut identifier le registre des formes d'action accessibles à l'artiste au moment où il a agi. Ce ne sont pas les intentions qui expliquent les formes mais les formes choisies qui révèlent les intentions.
Evidemment notre Biseau ne peut guère entrer dans ces subtilités et il nous assène sa chanson dénégatrice derrière laquelle il y a évidemment contre nous le soupçon d'islamophobie.
Je ne raconterais pas cet épisode si la suite n'était aussi édifiante que cocasse.
Je rétorque en effet à Biseau avec toute ma bienveillance, qui comme chacun sait est immense, ce que je viens de dire et lui fais part de mon total désaccord avec ces articles d'excuses et de dédouanement.
Jaffelin, le partisan de la gentillesse, avec qui je ne me suis pas concerté, parle à son tour et dit avec malice qu'il lui paraît étrange que les journalistes, qui vivent de l'événement terroriste, reprochent aux hommes politiques de trop vite commenter alors qu'ils font eux, journalistes, la même chose et entraînent les politiciens à en faire de même.
Le cocasse vient à la fin, comme magnifique cerise sur le gâteau: le Biseau en question accuse le coup et paraît près de s'étrangler en disant qu'il ne s'attendait pas à être mis en accusation. Dame! Nous avons osé questionner la parole du journaliste.
Je signale cette réaction car elle est aujourd'hui typique des gens de média: ils se drapent dans une sorte d'immunité de "4ème pouvoir" et s'évanouissent quand on met en question leur parole, leur éthique ou leur capacité logique.
Ensuite le débat s'est bien déroulé et, je crois, de manière intéressante.
Restons quand même optimistes: à travers toutes ces crises, je vois se dessiner une toute petite prise de conscience que ça ne pourra pas éternellement continuer ainsi.


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