samedi 31 décembre 2016


Penser avec les images

texte écrit à propos de la rétrospective de l'artiste vidéaste Rrose Present (Roser Teresa Gerona Ribas) dans l'exposition-festival Flux à Ars Santa Monica Barcelona jusqu'au 8 janvier). La traduction espagnole suit.
Roserpresent

J'ai eu la chance de rencontrer Rrose Present dès sa série de vidéos Infraleve et Museo de 2009, quand elle commençait à démonter les mécanismes de l'art contemporain et du monde de l'art, les critères esthétiques et le goût.
Ce n'est pas parce que certaines de ses séquences croisaient des idées que j'avais avancées dans L'art à l'état gazeux ou Critères esthétiques et jugement de goût que j'ai tout de suite aimé ce travail, même s'il ne faut jamais écarter la part de la vanité d'auteur, mais pour son intelligence aiguë, sa pertinence et son élégance : deux mains gantées de blanc manipulant sur fond noir quelques objets nous économisaient de longues démonstrations critiques.
L'homme de mots et d'arguments que je suis a toujours eu une immense admiration pour la clarté, l'intelligence, la profondeur et l'efficacité que les artistes visuels peuvent atteindre avec une seule image, quelques plans et trois ou quatre objets anodins. Combien de livres n'ont pas été écrits tout au long du XXème siècle pour dénoncer l'homme prothésé et mécanisé de la civilisation industrielle qui s'annonçait dès les années 1920 et qui règne depuis lors, alors que le dadaïste Raoul Hausmann en dit autant et même plus en une seule œuvre de 1917 – L'esprit de notre temps – avec une tête de mannequin en bois, un fragment de décimètre et quelques boîtes de métal de récupération.
Pareillement, ce que j'ai tout de suite admiré et admire toujours autant chez Rrose Present, c'est sa capacité à énoncer les choses les plus profondes en quelques images et quelques gestes.

Sa vidéo Life de 2013 montre en quelques dizaines de secondes comment une vie flamboie, danse, s'élève, se consume et finit par se réduire en cendres sur fond d'une silhouette aux gestes fragiles et gracieux. C'est à décourager le philosophe et le penseur qui ont besoin, eux, de longues et pesantes déductions – et c'est si juste sans rien qui pèse.
De même Réflexion de 2012 dit avec ces doigts qui ne parviennent pas à se libérer des fils d'un chewing-gum l'embarras et la difficulté de toute vraie réflexion. Le philosophe viennois Otto Neurath, qui commença par être proche de Wittgenstein, disait que toute interrogation philosophique a la forme « je ne sais plus où j'en suis ». Rrose Present le sait et le dit mieux que quiconque.

Ceci me conduit à la seconde raison de mon admiration pour le travail de Rrose Present : l'humour modeste et jubilatoire de ses démarches – un côté Tongue in cheek à la Duchamp, l'air de rien.
Les messages chez Rrose Present (et encore le mot « message » est-il inapproprié) ne sont jamais lourds ni pesants, à la différence de ce que l'on voit chez beaucoup d'artistes (y compris et surtout d'artistes vidéos) politiquement et socialement engagés – je ne veux nommer personne mais plusieurs noms connus auraient ici leur place -, qui nous martèlent des évidences aussi banales que des messages publicitaires, qui veulent nous montrer les faits à travers " le poids des mots et le choc des photos " (je cite le slogan publicitaire d'un hebdomadaire français de reportage à sensation, Paris-Match).
Les critiques de Rrose Present sont toujours subtiles, ironiques, graves mais sans lourdeur, sans perdre rien de leur acuité et encore moins de leur caractère offensif. J'en veux pour preuve la vidéo de 2004 Miracle House sur la spéculation immobilière, où, à l'aide d'une toute petite maison modèle réduit en plâtre changée de place et d'échelle selon les plans, elle passe en revue les mensonges du marché immobilier sous toutes ses facettes. Et pourtant cette vidéo est née d'une situation douloureuse et même horrible puisqu'une nuit de 2000, Rrose fut victime de la destruction de tout son appartement, lieu de vie et lieu de travail, probablement en raison d'un acte criminel pour rendre l'immeuble inhabitable et faire place à une opération de spéculation immobilière...

Rrose Present n'est pas seulement une intelligence critique et ironique. Il y a toujours une poésie étrange, sérieuse en même temps que détachée, dans le regard léger et amusé qu'elle porte sur la société et les rituels sociaux. Elle dit les choses graves et profondes avec grâce, dans les virevoltes d'une main ou les ondulations d'une silhouette. Ceci n'exclut pas la force de l'émotion mais s'il y a un refus, c'est bien celui de l'exhibitionnisme des sentiments.

Dans les années récentes, quelque chose de nouveau se passe.
Le travail est plus structuré, les séquences plus longues. Les images et les sons sont destinés à être présentés sur de grands moniteurs. Rrose Present travaille comme auparavant les scénarios à partir d'une idée-clef à la fois simple et forte, mais les images et les sons, au lieu de transmettre directement l'idée, deviennent des matériaux qui ajoutent une couche de sens à l'expression de l'idée.
L'idée simple en question peut être le brouillage et la cacophonie des images qui nous arrivent dans le déluge d'émissions des canaux d'information ; ce peut être la violence des affrontements qui se voient inévitablement grossis et esthétisés par les médias, l'énigme d'une image fixe brouillée tirée d'un film lui-même énigmatique de Samuel Beckett, l'idée de « sortir » - de quoi au juste ? Et pour aller où ? Partout ? Nulle part ? N'importe où ?
Les sons jouent maintenant un rôle important par leur présence ou leur absence, leur montée et leur disparition, par leurs variation d'intensité. Les images passent par des filtres, sont distordues en fonction des sons, colorées ou décolorées jusqu'à l'exténuation. Souvent la séquence part d'une abstraction et graduellement les scènes deviennent reconnaissables avec l'accompagnement des sons. Je suis particulièrement impressionné par la manière dont les sons nous accrochent aux images, un peu comme lorsque Marie-Jo Lafontaine captait l'attention par le martèlement des sons dans ses premières vidéos et notamment La Marie-Salope.
En fait, la densité du travail vidéo de Rrose Present a changé.
Auparavant, dans Pensar con las manos ou Infraleve, elle s'adressait directement à nous spectateurs avec une fausse naïveté dialogique – la fausse naïveté du dialogue socratique – en nous montrant ses idées et ses émotions sans s'arrêter au médium de l'image. Dans des séquences très courtes, les images devaient d'abord transmettre et pour cela être transparentes – comme une sorte de miroir sans tain qu'on traverse vers ce qui est dit et montré. Cette transparence qui semble si simple était en fait très travaillée : il fallait que l'image n'eût rien d'esthétique, rien qui détourne du concept, qu'elle soit compréhensible et " non-contemporaine " afin que la métaphore opère sans distraction par le passage dans le médium. Une camera fixe captait sur un fond noir les actions des protagonistes, ces mains gantées de blanc qui manipulaient les objets de la démonstration. Il n'y avait pas de réflexion sur l'image et tout l'effort portait sur le message.
Depuis 2013, Rrose Present fait passer ses idées sur la guerre, les migrations, la fragilité de la vie et du monde par un travail beaucoup plus sophistiqué, expérimental, sur les images, les sons – sur la vidéo comme médium. Elle dit elle-même qu'en prenant ses distances avec les codes du monde de l'art, qui sont aussi contraignants dans le monde de l'art vidéo que dans le monde de l'art tout court, elle s'est engagée dans une démarche plus expérimentale, plus personnelle et plus risquée aussi pour la communication.

Les réalisations de Rrose Present des dernières années montrent plus d'engagement dans deux directions – la critique sociale et politique et la vie personnelle. Ce qui était implicite sous le regard " désarmant " de l'humour apparaît explicitement mais aussi plus émotionnellement.

La critique sociale et politique de Rrose Present déborde maintenant les sujets de l'art - mais en faisant toujours une place importante au champ esthétique. Sa critique n'est en effet jamais directe mais passe, séjourne et se donne à travers le médium cette fois esthétisé.
Il y a là une intuition très forte de " l'esprit de notre temps ".
Nos modes de représentation esthétisent aujourd'hui tout ce qui passe à travers eux en le rendant virtuel, en le mettant à distance – tout bêtement en le « médiatisant » au sens de l'étymologie : que ce soient migrants, pape, manifestants, scènes de guerre électronique, tout devient matériau esthétique. On ne peut pas ne pas penser en regardant les vidéos de Rrose Present à Dziga Vertov et à son Homme à la camera : toute la réalité de la vie, toute sa pulsation, ses violences comme ses bonheurs, passent par l'image, par la camera, et maintenant par la vidéo devenue une sorte de Dieu qui voit tout, entend tout et sait tout – aussi bien pour les artistes que pour les militaires, les policiers, les gestionnaires de la ville et des espaces publics. Rrose Present dérègle ces modes d'appréhension en les parasitant, en les faisant passer par des filtres qui les décomposent, les colorent et les sonorisent, en un processus de montage et démontage en boucle.

Il y a aussi la vie personnelle – comme vie émotionnelle à la racine de cette volonté d'art qui est aussi bien source de la démarche qu'apaisement et baume pour les blessures.
Ici je m'aventure sur un terrain difficile, qu'on ne sait jamais trop comment aborder.
Jusqu'ici cette dimension émotionnelle était visible, mais à peine ou bien comme en passant, avec une pudeur qui gommait ce qu'il pourrait y avoir de pathétique sous un sourire - à travers les mains d'illusionniste de l'artiste ou sa silhouette gracieuse qui passait fugitivement. Elle était déjà plus visible à la nature même de l'interrogation de l'artiste – une interrogation revenant avec obstination sur les conditions de sa propre activité. Miracle House sublimait, au sens psychanalytique, la douleur d'une dévastation personnelle lors de la destruction de son lieu de vie. Pensar con las manos répondait mine de rien aux manipulations du monde de l'art contemporain.
Tout récemment, et notamment dans Tempesta, Rrose Present a pris directement pour matériau sa vie et sa mémoire à travers des flashes de souvenirs, des grondements de tonnerre, des éclairs de foudre. Ce n'est qu'un commencement, fort et même violent.
Le plus intéressant en ce point est que ce changement est porteur d'un effet d'après-coup qui fait revoir autrement toute l’œuvre : le spectateur attentif ne peut pas ne pas projeter en arrière sur les œuvres un regard conscient de ces chocs émotionnels forts qui les animent, les suscitent et l'alimentent. Rrose Present est un séismographe. Je crois même que s'il y a un sens à donner au " Present " de son nom, c'est bien ce sens de " présence immédiate aux choses, aux personnes, aux événements ", à tout ce qui fait la richesse d'un monde.
Si Rrose Present va plus avant dans cette direction, elle risque de nous donner quelque chose d'encore plus intense et perturbant car sa sensibilité était jusqu'ici tenue à distance par la volonté de transmettre. Si ces barrières s'effacent, cette œuvre déjà très riche prendra une dimension impressionnante, sans perdre de sa subtilité...
Paris 10 octobre 2016

Pensar con las imágenes

Tuve la oportunidad de conocer a Rrose Present a través de su serie de vídeos Pensar con las manos, 2009, cuando ella empezaba a desmontar los mecanismos del arte contemporáneo, del mundo del arte, los criterios estéticos y de gusto.
No
fue debido a que algunas de sus secuencias (Infraleve y Museo) convergían con las ideas que yo había avanzado en El Arte en estado gaseoso o Critères esthétiques et jugement de goût que su trabajo me agradó desde el principio, aun a pesar de la vanidad que como autor pudiera ejercer sobre mi. Fue por su aguda inteligencia, su pertinencia y elegancia: dos manos enguantadas en blanco sobre fondo negro manipulando algunos objetos nos economizaban largas explicaciones críticas.
Como hombre de palabras y argumentos que soy siempre he sentido una inmensa admiración por la claridad, la inteligencia, la profundidad y la eficacia que algunos artistas visuales pueden llegar a alcanzar con una sola imagen, algunos planos y tres o cuatro objetos ordinarios. Cuantos libros no se han escrito a lo largo del siglo XX para denunciar al hombre-prótesis y mecanizado de la civilización industrial, que ya se empezó a anunciar en 1920 y que impera desde entonces, mientras que el dadaista Raoul Hausmann dijo lo mismo o más en una sola obra de 1917 – El espíritu de nuestro tiempo - con una cabeza de maniquí de madera, un fragmento de cinta métrica y algunas latas de metal recicladas.
Del mismo modo, lo que de inmediato admiré y sigo admirando hoy en Rrose Present es su capacidad para enunciar las cosas más profundas en solo algunas imágenes y unos pocos gestos.

Su vídeo
Life del 2013 muestra en poco menos de 10 segundos como una vida se enciende, baila, se eleva, se consume y acaba reducida a cenizas sobre el fondo de una silueta con gestos frágiles y elegantes. Es para desalentar al filósofo y al pensador ya que ellos necesitan de largas y pesadas deducciones – y aquí en cambio nada pesa.
Asimismo en Reflexión del 2009 -12 con unos dedos que no consiguen liberarse de los hilo de una goma de mascar nos hablo sobre lo embarazoso y dificultoso de toda verdadera reflexión. El filósofo vienés Otto Neurath, que en sus inicios fue próximo a Wittgenstein, decía que toda interrogación filosófica tiene la forma de “je ne sais plus où j'en suis”. Rrose Present lo sabe y lo dice mejor que nadie.

Esto me lleva a la segunda razón por la que admiro el trabajo de Rrose Present: el humor modesto y jubiloso de sus planteamientos – con un toque “Tongue in cheek” a la manera de Duchamp, como quien no quiere la cosa.
Los mensajes en Rrose Present (e incluso la palabra "mensaje" es inapropiada) no son jamás densos ni pesados, a diferencia de lo que sucede con muchos artistas (incluidos y sobre todo los de vídeo) comprometidos política y socialmente. No voy a dar nombres, pero varios nombres conocidos tienen su lugar aquí – que nos bombardean con evidencias tan banales como las de los mensajes publicitarios, que quieren mostrarnos los hechos a través de “el peso de las palabras y el impacto de las imágenes” (cito el eslogan publicitario de un semanario francés de reportajes sensacionalistas, Paris-Match).
Las criticas de Rrose Present son siempre sutiles, irónicas, graves pero sin pesadez, no pierden nada de su agudeza y menos aún de su carácter ofensivo. Un ejemplo de ello es el vídeo del 2004 Miraclehouses sobre la especulación inmobiliaria, donde con una pequeña casita modelada en yeso cambiandola de lugar y de escala según los planes, ella pasa revista a las mentiras del mercado inmobiliario bajo todas sus facetas. Y sin embargo este vídeo nació de una situación dolorosa y hasta horrible ya que una noche del 2000, Rrose fue víctima de la destrucción de todo su piso, que era su vivienda y lugar de trabajo, probablemente por un acto criminal para convertir en inhabitable el inmueble y dar paso así a una operación de especulación inmobiliaria...

Rrose Present no posee solamente una inteligencia crítica e irónica. Siempre hay una extraña poesía. Seria y al mismo tiempo desenfadada, en la mirada ligera y divertida con la que ella observa la sociedad y los ritos sociales. Ella dice las cosas graves y profundas con gracia, en los volteos de una mano o en las ondulaciones de una silueta. Esto no excluye la fuerza de la emoción, pero si de alguna cosa huye, es del exhibicionismo de los sentimientos.

En los últimos años, algo nuevo está pasando.
El trabajo está más estructurado, las secuencias son más largas. Las imágenes y los sonidos están destinados para ser proyectados en pantallas de gran formato. Rrose Present trabaja como anteriormente los escenarios a partir de una idea-clave a la vez simple y fuerte, pero esta vez las imágenes y los sonidos en lugar de transmitir directamente la idea se convierten en materiales que añaden una capa de significado a la expresión de la idea.
La idea simple en cuestión puede ser la interferencia y la cacofonía de las imágenes que nos llegan del diluvio de emisoras de los canales de información; puede ser la violencia de los enfrentamientos que vemos inmediatamente magnificados y estetizados por los medios de comunicación, el enigma de una imagen fija intervenida extraída de un film a su vez enigmático de Samuel Becket, la idea de “salir”. ¿De qué? ¿Para ir dónde? ¿A todas partes? ¿ A ningún lugar? ¿A cualquier lugar?
Los sonidos ahora adquieren un papel importante por su presencia o ausencia, su aumento o desaparición, por sus variaciones de intensidad. La imágenes pasan por filtros, están distorsionadas en función del sonido, coloreadas o decoloradas hasta la extinción.
A menudo la secuencia parte de una abstracción y gradualmente las escenas se hacen reconocibles con el acompañamiento del sonido. Estoy particularmente impresionado por la manera en que los sonidos nos aferra a las imágenes, un poco como cuando Marie-Jo Lafontaine capta la atención por el martilleo de sonidos en sus primeros vídeos y especialmente La Marie-Salope.
De hecho, la densidad del trabajo en vídeo de Rrose Present ha cambiado.
Anteriormente en
Pensar con las manos o Infraleve, se dirigía directamente a nosotros espectadores, con una falsa ingenuidad dialógica – la falsa ingenuidad de un diálogo socrático – mostrándonos sus ideas y sus emociones sin pararse en el medio de la imagen por si misma. De secuencias muy cortas, las imágenes principalmente debían transmitir, y para ello habían de ser transparentes - como una especie de espejo unidireccional que se atraviesa hacia lo que es mostrado y dicho.
Esta transparencia que parece tan simple es fruto de un trabajo muy elaborado: era necesario que la imagen no tuviera ningún mimetismo estético, que nada la distrajera del concepto, que fuera inteligible y “no-contemporánea” con el fin de que la metáfora operara sin distracción al pasar por el medio.
Una cámara fija captura sobre un fondo negro las acciones de las protagonistas, estas manos (con o sin guantes blancos) que manipulan los objetos de la demostración.
No había reflexión sobre la imagen - medio, y toda el esfuerzo revertía en el mensaje
Il n'y avait pas de réflexion sur l'image et tout l'effort portait sur le message.
Después del 2013, Rrose Present muestra sus ideas sobre la guerra, las migraciones, la fragilidad de la vida en el mundo con un trabajo mucho mas sofisticado, experimental, sobre las imágenes, los sonidos – sobre el vídeo como médium. Ella dice que tomó distancia con los códigos del mundo del arte, que son tan constrictivos en el mundo del arte del vídeo como en el mundo del arte en general, embarcándose en un planteamiento más experimental, más personal y arriesgado en cuanto a la comunicación.

Las realizaciones de Rrose Present de los últimos años muestran un mayor compromiso en dos direcciones – la crítica social y política y la vida personal. Lo que antes estaba implícito bajo la mirada "desarmante" del humor ahora aparece más explícita y también algo más emocional.

La crítica social y política de Rrose Present ahora desborda los temas del arte – pero dejando siempre un lugar importante al campo estético. Su crítica, efectivamente. nunca es directa pero pasa, permanece y se lleva acabo a través del medio esta vez estético.
Hay una intuición muy fuerte de "el espíritu de nuestro tiempo."
Nuestros modos de representación estéticos actuales y todo lo que pasa a través de ellos en el hacer virtual, manteniendo una distancia – tontamente en el "mediador" en el sentido etimológico: tanto si se trata de inmigrantes, del Papa, de manifestantes como de escenas de guerra electrónica; todo se convierte en material estético.
Uno no puede dejar de pensar mientras ve los vídeo de Rrose Present en Dziga Vertov y su
Hombre de la cámara: en toda la realidad de la vida, en toda su pulsión, sus violencias y sus felicidades, pasan por la imagen, por la cámara y ahora por el vídeo convertido en una especie de Dios que lo ve todo, lo oye todo y lo sabe todo – tanto en lo que concierne a los artistas como a los militares, policías, administradores de la ciudad y de los espacios públicos. Rrose Present interfiere estos modos de aprehensión parasitándolos, haciéndolos pasar por los filtros que los descomponen, los colorean y los sonorizan, en un proceso de montaje en bucle.

También hay la vida personal – como la vida emocional en al raíz de esta voluntad de arte que es a su vez fuente del proceso como apaciguador y bálsamo para las heridas.
Aquí me aventuro en un terreno difícil, que nunca sabe muy bien como abordar.
Hasta ahora esta dimensión emocional era visible, pero apenas o de paso, con un pudor que borraba con goma lo que podría allí haber de patético bajo una sonrisa - a través de las manos de ilusionista del artista o su silueta graciosa que pasaba fugazmente.
Ella era más visible en la naturaleza misma de la interrogación del artista - una interrogación que vuelve obstinadamente sobre las condiciones de su propia actividad. Miraclehouses sublimadas, en el sentido psicoanalítico, el dolor de una devastación personal después de la destrucción de su lugar de vida. Pensar con las manos respondía, como quien no quiere la cosa, a las manipulaciones del mundo del arte contemporáneo.
Muy recientemente y especialmente en "Tempesta", Rrose Present ha tomado como material su vida y su memoria a través de flashes de recuerdos, de truenos, de relámpagos. Esto no es más que un principio, fuerte e incluso violento.
Los más interesantes en este punto es que este cambio es portador de un golpe de efecto que hace revisitar de otro modo toda su obra: al espectador atento le es imposible no proyectar retrospectivamente sobre las obras una mirada consciente de estos shocks emocionales fuertes que las animan, las suscitan y las alimentan. Rrose Present es un sismógrafo. Creo incluso que si hay un sentido que atribuir a "Present" de su nombre, este sería el de "presencia inmediata de las cosas, de las personas, de los acontecimientos", de todo lo que hace la riqueza de un mundo.
Si Rrose Present ahonda en esta dirección, corre el riesgo de darnos algo todavía más intenso y perturbador debido a que hasta ahora su sensibilidad fue mantenía a distancia por la voluntad de transmitir. Si estas barreras desaparecen, esta obra ya de por si rica tomará una dimensión impresionante, sin perder el más mínimo de su sutileza...


el 10 de octubre 2016

1 commentaire:

  1. "L'homme de mots et d'arguments que je suis a toujours eu une immense admiration pour la clarté, l'intelligence, la profondeur et l'efficacité que les artistes visuels peuvent atteindre avec une seule image, quelques plans et trois ou quatre objets anodins".
    Oui mais votre texte sensible et excellemment écrit nous donne envie de connaître Rrose Present. C'est un vrai bonheur de découvrir un/une artiste par le prisme de votre analyse sensible et esthétique...

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