jeudi 7 décembre 2017

Hegel, Carlyle, Johnny, Jean et Fofana

Au lieu de se casser la tête et de s'écharper sur Johnny et Jean, il serait plus intéressant de se souvenir de l'idée très XIXème du Grand Homme. De Hegel à Carlyle.
Celui qui incarne "l'esprit de son temps" fascine les foules comme les intellectuels. La ferveur religieuse autour Hugo ou Zola, mais aussi bien Napoléon ou la reine Victoria n'est pas si différente de celle autour de Johnny ou Jean.
Deux dimensions changent (un peu) les choses:
- la puissance de la communication (que les "grands hommes" aujourd'hui manient eux-mêmes avec expertise: 74 couvertures de Paris-Match pour Johnny, ça ne se fait pas à "l'insu de votre pleine gré");
- le besoin dans des sociétés plurielles de fédérer sur le plus grand dénominateur commun: les sentiments amoureux, l'élégance, la beauté de la langue française.
Je dis "changent un peu les choses" car rien de cela n'était inconnu au temps des grands hommes: on diffusait leur légende en chansonnettes, brochures populaires, produits dérives, revues journalistiques et, de toute manière, la communion était surtout sentimentale.
L'idée du grand homme, c'est la recherche impossible de la figure d'une époque - la belle époque, l'occupation, le front populaire, l'empire, la république du petit peuple, les trente glorieuses, etc. Fofana (Gang des barbares) ou Abdeslam (Bataclan + le reste) sont en ce sens aussi des figures de notre temps
Et on ne peut évidemment trouver que des légendes - aujourd'hui appelées story-telling.
Le plus drôle est le carnaval de ces figures: Johnny, Jean, bientôt Bernard (Tapie), Jacques (Chirac), Valéry (Giscard), Charles (Aznavour). Comme ils vivent de plus en plus vieux ils se retrouvent tous ensemble au sortir des couloirs dans la dernière ligne droite et c'est une arrivée au sprint.
J'emprunte la métaphore de la course à Hobbes au chapitre 9 de son De la nature humaine.
Demain on n'en parlera plus - mais la course continue pour les autres.

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