vendredi 19 janvier 2018

Droits de l'homme et assassins

Les tentatives d'assassinat de gardiens de prison par des détenus islamistes constituent une étape grave et inquiétante de la crise provoquée par les religieux radicalisés.
Elles sont probablement concertées et se poursuivront.
"Normalement", si l'on peut dire, un détenu était par la passé censé, au pire, chercher à s'évader ou, comme dans la plupart des cas, organiser sa détention à coups de petits trafics et en s'arrangeant avec les surveillants. 
Dans toutes les institutions, il y a la règle et la réalité de son application quotidienne qui tolère des accommodements.
Certes, il arrivait que des prisonniers "pètent les plombs", se rebellent, insultent les gardiens ou même les frappent, mais ils ne cherchaient pas à les égorger en criant "Allah est grand". Bref, un détenu n'était pas supposé vouloir assassiner ses gardiens.

Désormais on a affaire à pas mal d'"assassins potentiels", non seulement parmi les détenus pour terrorisme mais parmi les très nombreux "retours de Syrie", dont on ne nous dit pas le nombre exact mais qui se chiffrent, semble-t-il, à plusieurs centaines...
Ceci crée d'abord une situation professionnelle humainement intolérable pour les gardiens exposés désormais par principe à la mort, alors qu'ils ne sont pas des soldats au feu et ne disposent pas de leurs moyens de riposte létale  mais sont au contraire coincés par les règlements de l'administration "civile".
De manière plus générale, cette nouvelle donne déstabilise tout le système pénitentiaire et les règles qui le régissent.
Si on prenait en effet les précautions qui s'imposent, on devrait soumettre les détenus dangereux (et ils sont nombreux) à des mesures préventives qu'ils s'empresseront d'attaquer avec leurs avocats au nom des "droits de l'homme" - et les juges leur donneront aussitôt raison. A l'évidence, le principe de précaution, c'est juste bon pour la Constitution..

La solution sensée qui consisterait à mettre des boulets aux pieds de ces croyants et à les tenir à l'isolement complet, comme au temps des Misérables, susciterait, on s'en doute, les protestations vertueuses de toutes les belles âmes à la Dupond-Moretti ou à la Mignard.
On voit déjà cette plainte "droit-de-l'hommiste" se développer avec la remise en cause des vitres de protection pour la tenue de certains procès dont les prévenus sont jugés dangereux: les avocats et même certains juges (qui feraient quand même bien de penser à protéger leurs propres abattis) crient à l'inhumanité et à la remise en cause du droit...
Comme je l'ai dit dans Citoyenneté et loyauté, il y a aujourd'hui un problème de fond tenant à l'inadaptation de l'état de droit à ces défis nouveaux et radicaux.
Il ne s'agit pas de remettre en cause l'état de droit dans son principe, mais il faut reconnaître lucidement qu'aujourd'hui certaines dispositions sont plus favorables aux assassins qu'aux victimes.
C'était déjà vrai en matière de délits financiers où les ressources de procédure permettaient aux prévenus de repousser indéfiniment les décisions (j'attends toujours le procès du baron Seillière dont les délits sont connus depuis...2007). Désormais un assassin potentiel a le droit de se bodybuilder, d'aiguiser des couteaux de fortune, de se concerter avec des co-détenus, de donner et de recevoir des consignes par téléphone - alors que ses gardiens doivent respecter ses droits inaliénables...

1 commentaire:

  1. J'aime beaucoup votre concept de " droit-de-l'hommisme ". Il semble, en effet, que la pensée soit ici prisonnière d'un prisme à travers lequel elle s'exprime toujours de manière rationnelle, mais perd toute liberté. C'est un peu la même chose avec " #BalanceTonPorc " ou " je suis Charlie ". Ces orientations de la pensée sont toujours déjà légitimes au regard de ceux qui les produisent, parce qu'elles semblent aller toutes vers une humanité meilleure pour peu qu'on ne soit pas très regardant. Mais en réalité elles sont le symptôme d'un vide de sens à propos de ce que doivent être les déterminations d'une République et d'un état de droit. J'ai lu votre entretien avec Dupond-Moretti. Il est clair que sa vision du droit est un idéalisme qui fait, justement, l'économie du sens. Quelle est donc cette croyance que l'homme a des droits qu'il faut défendre coûte que coûte ? - Et en l'occurrence, le prix à payer ici est très élevé. Comment peut-on imaginer que l'homme possède des droits en dehors de ceux que lui procure la société dans laquelle il évolue ? Penser cela, n'est-ce pas croire au droit naturel ? N'est-ce pas ce type de croyance qui fait dire à Dupond-Moretti que la victime qui voit l'artisan de son malheur condamné à mort peut développer un sentiment de culpabilité ? Et si jamais il a raison, cela prouve que le mal est fait et qu'il est profond...

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