samedi 27 janvier 2018

Etel Adnan Tapisseries et estampes à la Galerie Lelong, Paris

J'ai déjà dit mon admiration pour l'oeuvre d'Etel Adnan - poète, peintre, calligraphe - couverte de dons sans jamais s'y égarer.
Je signale aujourd'hui tout particulièrement ses tapisseries.
Ce n'est pas une pratique nouvelle chez elle mais elle y revient aujourd'hui de manière flamboyante.

Quelques mots suffiront pour en dire l'exceptionnel intérêt.

A la différence de tant d'artistes qui font reproduire en tapisserie par des lissiers leurs peintures à succès, Etel Adnan conçoit expressément ses tapisseries pour ce nouveau médium. 
Elle qui peint des tableaux petits dont la force et l'intensité tiennent à ce que la dimension rayonne au sein même de cette taille réduite, elle change ici d'échelle pour ces tapisseries de 140-150 cm sur 200. Elle change aussi de motifs. Tout - couleurs, formes, paysages, oiseaux et nature - est pensé pour le médium tissé. Une transposition de ses tableaux les affaiblirait en les agrandissant. Ici, une nouvelle échelle et de de nouvelles tonalités s'imposent. 
C'est d'une simplicité qui éclate d'intelligence et de sensibilité (je ne sais pas dans quel ordre mettre ces deux mots quand je parle d'Etel Adnan).





Jusqu'au 10 mars 2018 à la Galerie Lelong, 13 rue de Téhéran, 75008, Paris

1 commentaire:

  1. Bonjour Monsieur Michaud,

    Pardonnez-moi d'utiliser votre blog pour vous faire part de ma réaction quant à votre intervention dans l'émission « Les matins » sur France Culture à propos de l'affaire du « Bouquet de tulipes » de Jeff Koons.
    J'attendais patiemment qui des deux invités allait le premier faire le rapprochement de la symbolique des « fleurs de Koons » avec ce que certains historiens considèrent comme la première crise financière de l'histoire de l'économie. Ce fut donc Stéphane Corréard qui évoqua ce possible lien. A cette évocation, vous lui avez très justement répondu : « je ne suis même pas sûr qu'il (Koons) fasse allusion à cette crise des tulipes ». Je pense effectivement que vous avez raison. Car si l'on se fie à la pensée duchampienne « Mais je crois que l'artiste qui fait cette œuvre ne sait pas ce qu'il fait... », tout porte à croire que le trader Koons le sache moins encore.

    Et c'est bien le problème. Loin de « l'enfant phare » qu'a pu être un Duchamp, le Koons lui a tout de l'enfant gâté. Il a reçu tous les honneurs, ON a cédé à tous ses caprices.
    Mais comment ce « cadeau » pourrait-il être interprété ? De la part des victimes c'est une chose (un outrage à leur mémoire dans le meilleur des cas), mais de la part de leurs bourreaux, c'en est une autre. C'est justement l'arrogance sans vergogne déployée à travers le monde par ce capitalisme sauvage qui a généré les tristes événements que nous avons connus. C'est ce système inique qui produit les « terroristes » de tout poil. C'est la colère engendrée chez eux qui leur a fait perpétré les attentats que les sociétés occidentales ont vécus. C'est ce contre quoi ils luttent. Accepter ce cadeau c'est donc justifier leur cause, c'est nourrir la haine légitime qu'ils ont envers nous*. Cela devrait nous alarmer et nous inquiéter gravement.

    Ce « bouquet de tulipes » n'est évidemment en rien un hommage, il ne peut et ne sera jamais perçu comme tel. Au contraire ! C'est le symbole du triomphe d'un capitalisme qui insidieusement ne nous promet que des larmes et du sang.
    Et je m'étonne de l'enthousiasme, de la crédulité voire de l'indigence intellectuelle de Madame Hidalgo.
    Nous connaissons la force des symboles. Ils (les « terroristes ») la connaissent mieux encore. La destruction des Twin Towers le 11 septembre 2001 ne le démentira pas.

    Cette affaire de fleurs en hommage aux victimes, ce cadeau qui n'en est pas un, me fait irrémédiablement songer à « La fausse monnaie », un poème en prose de Charles Baudelaire. Le poète concluait ainsi : « On est jamais excusable d'être méchant, mais il y a quelque mérite à savoir qu'on l'est ; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise. »

    J'espère que ce projet rencontrera la plus ferme opposition de la part de tous nos concitoyens. Que ces quelques lignes soient ma contribution à cette opposition.
    Mais comme je ne veux pas paraître totalement intolérant, je propose que ce « bouquet » soit implanté à DISNEYLAND ! Il y trouvera tout son sens.


    *pour celles et ceux qui auraient quelque doute sur cette « haine légitime », je leur conseille vivement de visionner ce diptyque vidéo de l'artiste Mark Boulos
    http://www.markboulos.com/all-that-is-solid-melts-into-air.html

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