dimanche 21 octobre 2018

Sur le mécénat privé

La loi sur le mécénat et les fondations d'entreprise qu'a fait adopter le ...1er août 2003 Jean-Jacques Aillagon avait, en apparence, une ambition généreuse: inciter les grandes entreprises à financer la culture, via des déductions fiscales un peu plus généreuses que par le passé.

Pour connaître et estimer Aillagon et en avoir discuté avec lui, je ne sais toujours pas s'il avait entrevu les conséquences perverses de cette loi.
Le risque, que l'on a mesuré avec l'apparition du bâtiment de Gehry à Neuilly et la politique d'exposition suivie par LVMF, est que des opérateurs privés puissants entrent en concurrence directe avec les institutions d'Etat en bénéficiant de moyens en grande partie soustraits à l'impôt, ou plutôt distraits de l'impôt.
Il apparaît alors que la prétendue générosité privée est en réalité faite au détriment de l'argent public et donc des citoyens.
D'autant que ces opérateurs privés, issus jusqu'ici surtout du monde du luxe, tirent en plus des bénéfices promotionnels considérables de leurs opérations et de leurs vaisseaux amiraux.
On assistera bientôt à la même sorte d'opération, avec la complicité non seulement de la loi Aillagon mais aussi de la mairesse de Paris Hidalgo quand Pinault ouvrira sa Bourse du commerce-musée-centre d'art placée en symétrie avec le Centre Pompidou par rapport au trou des Halles (si mochement casquetté, merci toujours Hidalgo!).
Une loi généreuse sur le mécénat défiscalisé est tout à fait acceptable dans un contexte comme le contexte américain où les financements publics de la culture sont quasiment inexistants et où les institutions culturelles doivent quasiment tout à l'argent et aux collectionneurs privés.
Quand on a, comme en France, un secteur public aux ressources réduites, la menace de voir deux mondes parallèles coexister puis l'un détruire l'autre est grand.
On peut envisager trois possibilités dans une telle situation:
- réviser la loi sur le mécénat pour contraindre les acteurs privés à consacrer une partie de leur "mécénat" (mécénat mon cul!) à la participation à des projets publics - comme ce fut souvent le cas avant;
- aller jusqu'au bout de la privatisation et ouvrir un processus de privatisation des institutions publiques...Je plaisante - mais à peine: pourquoi ne pas privatiser le centre Pompidou comme Aéroport de Paris ou Air France?
- laisser les choses aller comme elles vont et juste inciter les institutions publiques à redevenir inventives et innovantes, au lieu d'être des fromages à trous où vivotent des souris apparatchiks sans la queue d'une idée originale.

En fait , par nos temps de dérégulation, c'est comme si on avait ouvert à la concurrence la SNCF culturelle et qu'on voyait les luxueux trains LVMH et Pinault circuler sur le réseau ferré en offrant de meilleurs services et en laissant les lignes non rentables à l'Etat.

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